La lenteur








"Si l'on meut le corps très lentement, Ô déesse ! (Jouissant alors) d'une disposition d'esprit bien apaisée, l'on parviendra au flot divin." extrait de la stance 83, VijnanaBhairava Tantra.


Le fait de ralentir consciemment le mouvement du corps nous propulse immédiatement hors du domaine de la pensée, dans le domaine de l'expérience directe, corporelle.

Ralentir certains mouvements, certains gestes, rend donc plus simple la présence au corps, nous pouvons alors être conscient du mouvement naturel de la respiration, des sensations et des émotions présentes en nous à cet instant.

S'expérimentant dans l'action, à travers le mouvement, la lenteur est accompagnée d'un lâcher-prise évident, et fait le trait d'union entre notre expérience personnelle et l'expression du monde "extérieur". Une forme de continuité s'installe, une non-séparation. Nous pouvons ainsi faire l'expérience d'être lié au monde d'une manière évidente, et de là jaillit naturellement la joie simple d'être.

Cet état de contemplation par la lenteur révèle l'expérience humaine dans ses qualités de relation, de continuité, d'union.


A l'inverse, une immobilité trop brusque et controlée peut exacerber le mental. Si on essaie de méditer une heure de manière statique, peut-être qu'on va passer 50 minutes à cogiter. . Si on ralenti le mouvement , quelques instants, dans le quotidien, on plonge facilement, sans effort, dans la conscience de l'instant.


En pratique, quand et quoi ralentir ?

Je marche dans la rue, je ralenti le mouvement de mes pas, pendant 10, 20 secondes, avant de revenir à un rythme normal.

Il n'est pas nécéssaire d'aller au travail en faisant une marche méditative, il s'agit plutôt d'ouvrir de petites fenêtres dans notre quotidien, des fenêtres d'éveils.

Je fais la vaisselle, je ralenti mes gestes, pendant 10 secondes, puis je reviens à une vitesse naturelle, à un mouvement plus automatique.

Je vais pour ouvrir la porte, je m'approche de la poignée plus lentement, je tourne la poignée plus lentement, puis je laisse la pratique, et reviens à un fonctionnement automatique. Cette approche permet de prendre conscience petit à petit du passage entre état de conscience et état automatique.

Elle permet aussi de vivre des moments de présence savoureux, plusieurs fois par jours. Etant des expériences courtes et jamais forcées, elles sont associées au plaisir et à la joie, de ce fait nous chercherons naturellement à les vivres plus souvent. Nous nous amuserons à les expérimenter dans différentes actions, différents gestes, et la pratique s'installera naturellement et sans effort.



Photo

Danseurs, photo de Erich Franz, site du musée de la danse

L'oiseau, Artavazd Pelechian, du film Bnakitchnère, les habitants.